ALIENATION, VA TE FAIRE FOUTRE

Je me demande ce que je déteste le moins. Les maisons de la presse ou les Espaces culturels Leclerc. Les villes moyennes ou les zones commerciales. L'absence de second degré ou celle de lumière du jour.
Sourire commerçant, une minute par fiche, 50 fiches, quantité, remise augmentée de 5% par commande de 10 exemplaires. Un sourire commerçant. « Oui, on a rajeuni la maquette des annales du BAC ES 2013. Plus ergonomique, plus pédagogique. »
Visite de six points de vente du livre par jour, cinq jours par semaine. Depuis trois ans. Mutation dans le sud il y a une semaine.
 
Il est 19h30, je sors du Cultura. Lumière et chaleur rendent plus désagréables encore le tissu synthétique de mon tailleur et la valise à roulette chargée de ces manuels pour éducation mouton. Parking souterrain. Tubes 80's criards. Plus qu'une journée avant le week-end. Si ça continue, je vais m'éteindre pour de bon. Ne plus y penser. Maintenant, il faut que je retrouve la chambre du Formule 1 réservée par l'assistant. Je rêve de prendre une douche et de me masturber pour liquéfier mes 10 heures de représentation commerciale. Il ne faut pas que j'oublie d'envoyer mon journal des ventes au bureau. Ce putain de GPS qui déconne. Et merde, j'ai loupé la sortie. Pas envie de faire demi-tour. Laisser les kilomètres me déboussoler. Deux heures plus tard, je suis définitivement perdue.
 
Une silhouette d'homme sur le chemin. Ne jamais accepter les bonbons des inconnus. Mais l'inconnu a un physique agréable et j'ai besoin de retrouver cet hôtel. Il ne connaît pas le Formule 1, en revanche il a internet chez lui, je pourrai regarder. Son rire sonore muselle ma tension.
 
Là-bas sur la gauche, le chemin en contre-bas. C'est ici. Une bastide au milieu des champs. Il y fait sombre et frais. Il me tend un verre d'alcool. C'est bon pour ce que vous avez.  Sourires et silences. L'ordinateur est à l'étage, dans la bibliothèque. Ah oui, l'ordinateur, j'avais oublié l'ordinateur. Vous pouvez imprimer le plan, si vous voulez. Ah oui, imprimer le plan.
Main sur l'épaule pour me dire que si je n'allume pas l'écran ça risque d'être compliqué. Dérapage de sa main. Accélération, bouches et vibrations. Doigts. Gémissements. Ce truc de ouf qu'il fait avec sa langue. Ce que je fais avec la mienne. Plaisir de le sentir chétif et dépendant. Sexes et supplications. Encore. Laisse-moi venir sur toi. Encore. Encore. Viens maintenant. Si maintenant. Encore.
Amerrissage. Spasmes. S'assoupir.

 

J'abandonne mon tailleur sur la table de la cuisine, sors la valise à roulette du coffre, la jette sur le bas-côté. S'enfoncer dans la nuit avec ce sentiment démentiel de liberté.
Réveil-éveil.
 
 

Une nouvelle d'Agostina

 
Ndlr : Après nous avoir envoyé son texte, Agostina n'a plus donné signe de vie. On dit qu'elle parcourt aujourd'hui encore les routes de France nue et joyeuse. L'éditeur Hachette éducation, désirant récupérer sa voiture de fonction, est toujours à sa recherche.